Un acteur est dans une situation assez particulière : on lui en demande beaucoup (émotionnellement, ou en terme de compétences variées en fonction des besoins de la scène).
À tel point que le manque de cadre dans ce travail amène des dérives régulières (abus psychologiques ou sexuels, détresse psychologique de beaucoup d’acteurs, dans des cours de théâtre ou projets variés).
Et pourtant, une énorme partie de l’oeuvre finale (pour un film en particulier, mais également au théâtre) est hors du contrôle de l’acteur.
Pour un film : le choix des prises, le montage, la musique surajoutée… la composition et l’éclairage qui influenceront énormément la perception de sa performance, les costumes et les décors qui contribuent à ce que Meisner appelait
l’illusion du personnage…
L’acteur se soucie de beaucoup de choses qui ont peu à voir avec son travail à lui, ou ne sont pas sa responsabilité créative et sur lesquelles il n’aura pas d’impact.
Il se compare aux performances d’autres acteurs qu’il voit dans les films, sans toujours se rappeler que ces acteurs n’ont pas « joué » comme cela, ou pas directement, ou pas uniquement.
Ce qu’il observe à l’écran comme public est le résultat d’énormes efforts techniques de toute une équipe pour mettre en scène quelque chose pour ensuite tricher au montage, et tout cela prend du temps.
Le rythme même de ce travail, qui est assez particulier, est faussé par ce à quoi les acteurs se comparent.
De la même manière, en tant que public nous prenons l’acteur pour le personnage, au moment où nous voyons la performance.
Lorsque c’est réussi en tout cas, nous avons l’impression de « voir le personnage ». Mais cette illusion n’est pas une illusion pour l’acteur, qui n’a pas à se prendre pour le personnage ni se regarder de l’extérieur.
En cherchant à optimiser des variables sur lesquelles il n’a aucune prise, l’acteur se tourmente et s’égare, car il n’est pas au clair sur ce qu’il doit faire.
Cette notion de dichotomie du contrôle est résolument stoïcienne, et adaptée aux objectifs de ce travail.
« Partage les choses : celles qui sont à notre portée (dépendent de nous) et celles qui sont hors de notre portée (ne dépendent pas de nous). (…) si tu tiens pour libre (à ta portée) ce qui est naturellement esclave (hors de ta portée) (…) tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté ; tu en voudras aux hommes comme aux dieux. (…) [garde] à l’esprit que, une fois lancé, il ne faut pas se disperser en oeuvrant chichement et dans toutes les directions, mais te donner tout entier aux objectifs choisis… »
-- Manuel d’Épictète
Comme en productivité contemporaine, l’efficacité n’est pas de rajouter plein de choses partout, mais d’abord d’éliminer les distractions et ce qui nous perd.
« La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’ya plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à enlever ».
-- Antoine de Saint-Exupéry
D’un point de vue de la philosophie de l’esprit, on dirait que cette démarche est réductionniste, et éliminativiste.
En d’autres termes, on va éliminer, à dessein, de nos concepts toutes les théories un peu « fumeuses » qui ne reposent sur rien d’autre que des mythes répétés assez souvent, ou des superstitions sans grand fondements.
Une fois les principes et concepts fondamentaux établis, on pourra établir des protocoles clairs pour atteindre nos objectifs de manière optimale.